Délégationde Meurthe-et-Moselle

Mission au Bangladesh

Vivre au pays des cyclones

La zone côtière du Bangladesh est soumise à des cyclones fréquents, parfois très puissants. Comment faire face à cette menace et résister lorsque le cyclone survient ? Des témoignages et une visite nous font découvrir une réalité difficile à imaginer !

L'abri anticyclonique en voie d'achèvement à Shikaripara.

publié en mars 2015

Mardi 17 mars 2015, Shikaripara et Taltoli

Sidr, 2007. Aïla, 2011. Mohsen, 2013. Ces dernières années, les cyclones de forte puissance se sont multipliés sur les côtes du golfe du Bengale.

À chaque fois, des vies humaines, des bâtiments, des récoltes et du bétail perdu constituent le prix à payer à ces cyclones. L’État du Bangladesh et de nombreuses organisations non gouvernementales ont donc monté des projets et des structures visant à réduire les dégâts causés par ces tempêtes d’une puissance inconnue en France (lors du supercyclone Sidr, les vents ont atteint la vitesse de 240 km/h !).

D’abord sauver sa vie

Dès 1986, Caritas a commencé à construire des abris anticycloniques, comme d’autres organisations. Ces abris sont des constructions surélevées en béton renforcé, comportant des équipements de protection et de survie. Au fil des ans, Caritas en a construit 242 qui ont sauvé de nombreuses vies. Quatre nouveaux abris sont en construction dans les régions de Khulna et de Barisal, en tenant compte des demandes des populations qui ont bénéficié des générations précédentes. Nous visitons l’abri en construction de Shikaripara, près de Barabagi.

Le chantier est impressionnant. Le bâtiment comporte deux niveaux et un toit terrasse, prêt à accueillir un troisième niveau si nécessaire. Il est conçu pour accueillir 3 400 personnes, alors que les anciens se limitent souvent à 500 ! La surface utile est de 490 m², avec des sanitaires séparés hommes/femmes à chaque niveau. Une rampe d’accès facilite la mise à l’abri des personnes âgées et handicapées, voire du bétail dans certains cas. Une réserve d’eau de pluie est installée sur le toit, et des panneaux solaires vont être posés. Le tout coûte 15 millions de Takas, soit environ 190 000 euros, et un an de travaux.

Des abris intégrés à la vie locale

Tout cet équipement ne suffit pas : encore faut-il que les populations des villages ciblés puissent accéder facilement à l’abri. Or, nous les avons testées, les voies de circulation de ces régions reculées sont dans un état catastrophique, quand elles existent. Des financements complémentaires vont donc être mobilisés pour construire cinq routes autour de l’abri, ce qui facilitera la vie tout au long de l’année.

Ces constructions coûteuses sont utilisées en dehors des crises. Le plus souvent, c’est une école primaire ou secondaire qui s’y installe. À Shakaripara sont en cours d’installation les tableaux noirs et les cloisons amovibles qui permettront cet usage.

Lors d’un échange avec des habitants des villages environnants, nous comprenons que c’est le maître d’école qui est à l’origine de la mobilisation des habitants et donc de la construction de l’abri. Les habitants témoignent aussi de l’importance de l’information et de la bonne organisation des opérations lorsque la catastrophe est annoncée. C’est donc avec une conscience aiguë des priorités, du rôle de chacun et de la nécessité d’une solidarité entre tous qu’ils se tiennent prêts.

La population s’organise

Nous participons ensuite à une réunion des UDMC de Barabagi et de Sonakata. L’UDMC est l’Union Disaster Management Committee, comité de gestion des catastrophes de l’union [1]. La même instance existe au niveau supérieur, l’upazilla ou sous-district. Nous rencontrons les présidents de ces deux comités ainsi que neuf membres.

Il existe une relation continue entre les UDMC et les ONG qui sont actives sur les secteurs concernés, avec des réunions mensuelles. Lorsque qu’un cyclone est annoncé, les réunions de coordination se multiplient autant que nécessaire.

Les présidents nous expliquent que le secteur est encerclé par des fleuves et le golfe du Bengale, et donc extrêmement exposé aux cyclones. Dans le cas de Sonakata, il n’existe que deux abris pour une population de 16 000 habitants. Pour Barabagi, il y a 10 abris pour… 35 000 habitants ! Lorsque aucun abri n’existe, les habitants vont se réfugier dans les écoles, les temples ou les maisons les plus grandes et les plus solides des villages. Un membre nous dit que la dernière fois, il n’a eu d’autre choix que de grimper à un arbre. Une autre personne nous partage la mort de son petit-fils lors du dernier cyclone.

Les UDMC ont mis en place tout un dispositif de formation et d’information, s’appuyant sur les radios, les sonos des mosquées et de nombreux volontaires. Elles gèrent des stocks de nourriture, des fonds dédiés à l’intervention d’urgence, des plans d’action pré-urgence et post-urgence… Elles suivent également les autres risques, comme les inondations survenant pendant la saison des pluies. Un travail considérable mené bénévolement par ces personnes avec le soutien des ONG comme Caritas et le Croissant-Rouge, que les présidents remercient chaleureusement.

En conclusion de la rencontre, nous témoignons avec modestie de notre engagement dans le dispositif urgence national avec les préfectures et les mairies, et surtout de ce que nous avons ressenti en les entendant : nous sommes bouleversés par la force de leurs témoignages, leur engagement personnel et la puissance de vie que nous percevons dans ces populations qui vivent en permanence sous la menace de tempêtes défiant notre imagination.

[1] L’union est l’un des niveaux de l’organisation administrative du pays, à peu près l’équivalent d’une communauté de communes.

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