Délégationde Meurthe-et-Moselle

Mission au Bangladesh

Pour notre T-shirt bon marché, quel prix à payer au Bangladesh ?

La rencontre de survivants de l’incendie meurtrier d’un atelier textile dans un faubourg de Dhaka soulève bien des questions. Comment de telles catastrophes sont-elles possibles ? Quelle est notre part de responsabilité ?

Le site du Rana Plaza

publié en mars 2015

Mardi 17 mars 2015, Dhaka

Le 24 novembre 2012, un incendie ravageait l’atelier de Tazreen Fashion : 112 morts et de nombreux blessés.

Le 24 avril 2013, l’immeuble Rana Plaza s’effondrait, faisant plus de 1 000 victimes.

Dans les deux cas il s’agissait de bâtiments occupés par des usines de textile fournissant essentiellement des marques européennes et américaines. Dès les premières heures après ces accidents, une équipe de Caritas était sur le terrain pour apporter un appui aux familles venues rechercher leurs proches.

À la rencontre des survivants

Ce matin, dans les locaux de Caritas Bangladesh à Mirpur, nous avons pu aller à la rencontre des personnes qui ont vécu le premier de ces drames, les entendre, et voir comment elles avaient été accompagnées.

Dans son témoignage, une femme a évoqué la fumée se propageant au troisième étage où elle travaillait. Elle avait intégré l’usine depuis peu et connaissait mal les plans du bâtiment. Après s’être heurtée à plusieurs issues fermées par les contremaîtres, elle a fini par suivre d’autres personnes qui, après avoir brisé une fenêtre, ont sauté pour ne pas mourir brûlées. Elle a repris conscience à l’hôpital, trois jours après, pour se rendre compte que ses membres étaient brisés. Prise en charge par Caritas, elle a reçu une aide matérielle et psychologique comme d’autres personnes elles-mêmes victimes directes de la catastrophe, ou touchées par la mort d’un proche qui était leur soutien. Une attention particulière a été portée aux orphelins pour qu’ils puissent poursuivre leurs études, garantie d’un meilleur avenir.

Premiers pas vers une amélioration des conditions de sécurité

Depuis ces événements, les enseignes américaines et européennes se sont alliées pour faire pression sur leurs fournisseurs, exigeant le passage d’inspecteurs pour vérifier les conditions de sécurité dans les lieux de travail. À la suite de ces inspections, les enseignes ont renoncé à travailler avec un certain nombre d’usines qui ne respectaient pas un minimum de normes. Caritas, de son côté, a proposé des formations sur la sécurité et les conditions de travail aux chefs d’équipe, en s’appuyant sur un partenariat avec la Protection civile et la fédération des exportateurs de textile BGMEA (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association).

Nous avons partagé l’histoire industrielle de notre région de Lorraine : la lutte des mineurs pour leurs droits, l’amélioration progressive de leurs conditions de travail grâce à la mise en place de syndicats… Une loi autorise à présent le syndicalisme au Bangladesh. Mais la situation est encore fragile, des leaders syndicaux ont déjà été emprisonnés.

Et nous, en tant que consommateurs ?

Après avoir vécu ces échanges, notre groupe s’interroge : Sommes-nous des consommateurs responsables ? Comment l’être quand la plupart des vêtements qui nous sont proposés sont fabriqués à bas prix sans aucune prise en compte ni de la juste rémunération, ni de conditions de travail décentes ?

La réponse de Caritas Bangladesh est claire : « Continuez à acheter nos vêtements parce que cela crée de la richesse pour notre pays, mais en même temps, surtout, participez aux plaidoyers, faites pression sur les marques ! Ces actions ont déjà porté du fruit : l’éviction d’ateliers par trop réfractaires aux contrôles, l’application de certaines règles de sécurité, la naissance de syndicats… Continuez ! »

>> Vous pouvez soutenir les campagnes du collectif Éthique sur l’étiquette

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