Délégationde Meurthe-et-Moselle

Mission au Bangladesh

Le commerce équitable au cœur de la démarche

Caritas Bangladesh est engagé depuis de nombreuses années dans le domaine du commerce équitable. Le dernier jour de la mission nous permet de découvrir un univers d’une dimension insoupçonnée.

À Jagorani avec Bertha, Sr Maria Protibha et Sr Maria Lillian.

publié en mars 2015

Après une journée de visites et de shopping le vendredi, puis des rencontres dont nous reparlerons, notamment avec le président de Caritas Bangladesh, nous découvrons CORR-The Jute Works (CJW) [1], filiale « commerce équitable » de Caritas Bangladesh.

Dimanche 22 mars 2015, Dhaka

Nous sommes d’abord accueillis à Jagaroni, au cœur du quartier de Farmgate. À deux pas d’ici se situe l’église du Sacré-Cœur que nous avons découverte il y a dix jours.

Jagaroni, c’est le lieu historique de l’institution. Bertha, directrice de CJW, ainsi que deux religieuses et quelques femmes artisanes nous y accueillent. Un foyer accueille des femmes handicapées qui fabriquent des objets d’artisanat, avec d’autres femmes habitant des bidonvilles voisins.

C’est ici que des femmes handicapées ont été accueillies dès 1967 par une religieuse américaine qui leur a proposé des activités occupationnelles, avant que le père Timm, csc [2] et la sœur Maria Lillian, smra [3], n’aient l’idée en 1973 que ces activités deviennent une source de revenu et d’autonomie pour des femmes très pauvres, veuves, handicapées, illettrées à travers tout le pays. Les premières artisanes sont devenues formatrices des groupes de femmes à travers tout le pays et CORR-The Jute Works est né.

Un artisanat très organisé

Nous rejoignons ensuite le siège de CJW, un immeuble dans un quartier plus récent de la capitale. Nous découvrons peu à peu que cet immeuble est une ruche bourdonnante de tous les services de CJW… C’est ici qu’est coordonné le travail des plus de 3 400 femmes artisanes regroupées en 180 groupes.

Nous parcourons de nombreux ateliers : la finition des produits (selon les nécessités : vernis, patine…), le contrôle qualité de chacune des pièces reçues, l’atelier d’emballage où des femmes habillent les boîtes, protègent les objets, préparent les assortiments…

Surprise : les artisanes travaillent sur des décorations de Noël ! Notre guide nous explique que CJW travaille avec presque un an d’avance. Les commandes sont passées depuis plusieurs mois déjà, et pour Noël CJW aura tout livré avant octobre aux distributeurs occidentaux : Artisans du Monde (France), 10 000 Villages (États-Unis), Magasins du Monde et Oxfam (Belgique)…

Nous découvrons alors l’atelier de design et développement. En effet, CJW cherche sans cesse à proposer de nouveaux produits correspondant à la fois aux savoir-faire traditionnels des artisanes et aux demandes des pays occidentaux. Après validation des nouveaux produits, les femmes de cet atelier vont former les artisanes sur le terrain, chaque région du Bangladesh ayant une ou plusieurs spécialités (travail des fibres de jute, de la soie, du cuir, poterie, couture…).

Au service des plus pauvres

L’artisanat est réalisé par des femmes qui ont été sélectionnées par CJW selon un certain nombre de critères. Elles sont soit seules sans revenu, soit membres d’un foyer très pauvre, soit handicapées, et le plus souvent membres des minorités ethniques discriminées. Elles effectuent la majeure partie du travail à la maison, mais elles ne sont jamais isolées.

En effet, la dimension de groupe est essentielle pour que cette activité soir une vraie opportunité de développement. Elles reçoivent des formations, peuvent bénéficier de prêts sans intérêt pour développer leur activité et petit à petit gagnent en autonomie et en capacité à défendre leurs droits. Chaque groupe élit une leader pour trois ans, et cinq de ces leaders sont élues pour siéger au Conseil d’administration (Board of Trustees) où elles sont majoritaires.

Il existe de nombreuses candidates mais CJW veille à développer le réseau à la vitesse du développement de son activité d’export, pour ne pas laisser des artisanes sans commandes. CJW s’engage donc beaucoup pour se faire connaître, en participant à toutes les grandes foires internationales et aux foires de la World Fair Trade Organization, tout en veillant à éviter de se faire copier par des industriels de pays à bas coûts.

CJW exporte actuellement dans 50 pays, et a reçu à plusieurs reprises un prix gouvernemental pour ses résultats à l’export. Les bénéfices sont investis dans la formation, les frais de santé des artisans et parfois des bourses pour les enfants.

La caverne d’Ali Baba

Nous terminons la visite par la salle d’exposition, où figurent tous les objets créés et diffusés au cours des deux dernières années. Nous avons été stupéfaits par la diversité et la qualité de ces objets, du minuscule bijou au panier ou à la poterie imposante. Cette créativité, associée aux valeurs du commerce équitable, a achevé de nous convaincre !

Nous avons alors apprécié d’apprendre que 30 % des eurodéputés ont signé la campagne sur le commerce équitable à l’occasion des dernières élections, et qu’une eurodéputée est récemment venue rencontrer les industriels du textile en même temps que les principaux acteurs du commerce équitable. Il paraît que les conditions de travail dans l’industrie textile ont commencé à changer. Ouf !

[1] CORR signifie Catholic organization for relief and rehabilitation, organisation catholique pour le secours et la réhabilitation. C’est le premier nom de Caritas Bangladesh, avant 1976.

[2] Congrégation de Sainte-Croix, fondée au Mans en 1837. Spécialisée dans l’enseignement, la Congrégation de Sainte-Croix a fondé de nombreuses écoles au Bangladesh. La plupart des prêtres et évêques du pays en sont membres.

[3] Congrégation des Associées de Marie Reine des Apôtres.

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