Délégationde Meurthe-et-Moselle

Mission au Bangladesh

Dans un village rakhaine

Dans un village isolé habité par des familles rakhaines, nous découvrons un vaste projet mené par Caritas Bangladesh avec cette communauté marginalisée.

Devant le Language Coaching Center, avec les élèves et leur professeure.

publié en mars 2015

Lundi 16 mars 2015, Nameshey Para, Taltoli

La journée est dédiée au projet ICDP [1]-Rakhaine : développement intégré de la communauté rakhaine. Les Rakhaines sont une ethnie ultraminoritaire qui a des racines en Birmanie. Cette ethnie a une culture, une langue et même un alphabet qui lui sont propres. Le projet a été financé par le Secours Catholique-Caritas France.

Pour nous rendre dans le village de Nameshey, nous enfourchons des motos avec pilote. En effet, ce village est tellement isolé que seule la moto permet de le rallier en un temps raisonnable. Comme souvent, les chemins sont très étroits et de qualité inégale.

Des villageois engagés solidairement

Nous sommes attendus à la fois par les enfants et les adultes. Les enfants se trouvent à leur table d’écoliers, à l’intérieur du bâtiment qui accueille le Language Coaching Center (LCC). Il s’agit d’une école qui leur apprend à écrire leur langue maternelle rakhaine. En effet, cette ethnie était en passe de perdre cette langue et par là même ses racines. Les trente-quatre élèves ont une heure de cours avant l’école bengalie et deux heures après la fin des cours. L’échange avec les enfants nous montre qu’ils sont très fiers de parler et d’écrire trois langues (le bengali ou bangla, l’anglais et maintenant le rakhaine), et que cela les valorise vis-à-vis de leurs camarades bengalis alors qu’ils sont habituellement discriminés. De plus, ces cours profitent indirectement aux parents !

Dans le cadre de ce projet, Caritas a édité un livre en alphabet et langue rakhaines. En effet, aucun support n’était disponible pour soutenir cet apprentissage.

Après une dégustation d’un plat local, nous rejoignons la réunion de la Cooperative Credit Union (CCU) [2]. À Nameshey Para, les microcrédits ont permis de financer différents projets : production de poisson séché, achat d’un métier à tisser traditionnel, culture de maïs et de bananier, aquaculture, ouverture d’une épicerie dans le village…

Les membres de cette CCU ont décidé d’élargir le dispositif en mettant un place un compte pour constituer une épargne au nom des enfants.

Des femmes musulmanes témoignent que la participation conjointe de Rakhaines bouddhistes et de Bengalis musulmans est vécue comme une chance, car cela renforce l’unité et la solidarité au sein du village.

Faciliter l’accès aux soins

Nous découvrons une autre facette du projet : l’accès à la santé. Nous rencontrons le médecin du dispensaire mobile (Mobile Health Camp) qui tourne dans les villages du secteur. Maung Mya, le médecin, commence ses visites par une réunion d’information et de sensibilisation des villageois aux bonnes pratiques de santé et d’hygiène. Il reçoit ensuite les villageois malades et leur délivre les médicaments nécessaires. Une patiente a expliqué les avantages de cette visite du médecin : cela lui évite un long déplacement à la ville, très coûteux, ainsi qu’une longue attente. De plus, cela lui permet d’exprimer plus facilement des soucis personnels.

Le projet a également prévu la formation de sages-femmes de village. Dans chaque village, une femme a été formée pour le suivi des grossesses, des accouchements et les soins aux enfants en bas âge. Ces femmes sont également mobilisées lors de la visite du médecin et sont des relais d’information sur la santé.

Ces deux dispositifs produisent des résultats spectaculaires, car l’accès aux soins était jusque-là presque impossible pour ces personnes très pauvres vivant dans des villages enclavés.

Rencontre avec Chone

Après le repas traditionnel pris dans une maison du village, tous assis par terre autour de la table, nous rencontrons Chone, une femme qui a démarré une activité de tissage avec l’aide d’un microcrédit. Avec son métier à tisser, elle fabrique un châle par jour et le vend à des intermédiaires qui passent dans les villages. Les conditions de vie de la famille se sont bien améliorées par rapport à l’époque où elle ne vivait que d’agriculture et de pêche !

Cette famille est très heureuse de nous faire goûter le gur (en bangla) ou saaga (en rakhaine), une pâte obtenue par la cuisson très longue du fruit du Gool Tree. Ce produit remplace le sucre. Il a un bon petit goût de caramel !

Ce projet comporte d’autres facettes comme la mise en place de latrines à fosse dont nous voyons quelques exemplaires dans le village.

Les témoignages des villageois nous confirment que ce projet a changé non seulement leur niveau de vie, mais aussi leur état d’esprit, en développant l’entraide et la coopération. Tout autant que les conditions matérielles, nous comprenons que ce nouvel esprit est essentiel pour les habitants !

[1] Integrated Community Development Project.

[2] Le dispositif des unions de crédit coopératif est présenté dans cet article.

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