Délégationde Meurthe-et-Moselle

Confidences et détresses du coin-café

À Maxéville, un coin-café accueille chaque semaine les habitants d’un immeuble isolé, depuis près de trois ans. Là se disent les aventures et mésaventures de personnes qui connaissent toutes la précarité… L’animatrice de ce coin-café raconte.

Au pied de l'immeuble

Jeudi après-midi, j’arrive au pied de l’immeuble. À peine sortie de ma voiture, je rencontre Sabine [1] devant la porte du local, qui ne met pas une seconde à éclater en sanglots. Par bribes, j’apprends la vérité qu’elle vient de découvrir, et n’a pas encore acceptée : sa fille au collège a été menacée de poser seins nus et que cela soit diffusé sur Facebook. Sabine n’a pas su voir cette insécurité qui durait depuis un mois chez sa fille. Elle partait de ce pas porter plainte à la police, effondrée, avec la peur du regard des autres.

Gros soucis et petits tracas

Thérèse arrive et console Sabine. Elle raconte ensuite avec une grande violence verbale l’agression de sa propre fille au lycée, il y a des années, par arme blanche. Après avoir téléphoné aussitôt au lycée et à l’inspection académique, elle a obtenu l’expulsion du jeune qui a frappé sa fille.

Arrive Françoise : le tribunal a condamné le garagiste qui lui a vendu une voiture d’occasion pourrie, mais celui-ci ne veut pas payer les dommages et intérêts. Elle va devoir faire appel à un huissier qu’elle devra payer de sa poche, sans être certaine de récupérer les 2 000 €.

Et puis Dominique, qui doit assurer son scooter. La préfecture n’accepte pas les papiers d’assurance, car le numéro est celui des coques et non pas celui du véhicule… Il est en pétard et va changer d’assurance sur le champ.

Des familles fragilisées

Betty, de nationalité gabonaise, explique qu’elle a déposé une demande de titre de séjour « vie privée et familiale », mais n’a pas voulu en solliciter un autre pour raison de santé, n’osant pas parler de son hépatite… Aujourd’hui, elle est effondrée car son concubin, gabonais lui aussi, docteur en philosophie, ne trouve pas de travail. Au dernier entretien, on lui a dit : « Dommage que vous soyez noir, ça fait peur aux enfants ! » Il ne s’en remet pas.

Voilà encore Hervé, jeune homme de 19 ans, qui n’est pas revenu chez ses parents depuis quatre jours et n’a pas mangé ; il a perdu son travail après avoir cassé une vitrine dans les locaux où il travaillait parce qu’il n’avait pas été payé.

Voir enfin le positif

Au bout d’une heure trente, chacun a pu déposer ses soucis, et les digérer quelque peu. C’est le moment où l’on peut parler de ce qui va bien. Et il y a de quoi faire : les services rendus, les initiatives, les petites réussites… Mais cela ne viendra pas tant que chacun n’aura pas posé ses valises. Il faut de la patience, de l’écoute, et avoir parfois les nerfs bien accrochés pour surmonter cette première phase !

[1] Par souci de confidentialité, tous les prénoms ont été modifiés.

Imprimer cette page

Faites un don en ligne